Archive pour le 30 novembre 2009
Pour un réseau de pratique scientifique Libre ?
La pratique de la recherche à l’université en France m’a beaucoup déçu lorsque je suis arrivé en thèse. Certainement contaminé par le mythe du chercheur, je rêvais d’une pratique vraiment libre, de rencontrer des gens passionnés davantage par leur recherche que par l’apport financier ou réputationnel qu’ils pourraient en tirer… Quel désenchantement !
Lorsque je dis pratique “vraiment libre”, je cherche à exprimer l’idée selon laquelle c’est la recherche, ses besoins et les orientations qu’elle nécessite qui guident la démarche du chercheur. S’éloigner des dogmes et questionner perpétuellement sa pratique et ses postulats me paraît incontournable lorsque l’on veut réellement faire progresser la connaissance.
Or, l’université Française (ou en tout cas ce que j’en connais), au delà des questionnements sur les nouveaux modes d’évaluation et de classement, me semble régie en clochers (avec ses inévitables guerres) et reste extrêmement dogmatique tant dans ses théories que ses méthodes (et encore je ne parle pas de l’americanocentrisme qui veut que Bourdieu revient à la mode parce que quelques auteurs américains l’ont cité!! C’est risible).
Bref, comme dirait Feyerabend, la science aurait davantage besoin d’anarchisme méthodologique que de nouvelles méthodes ou de nouveaux modèles d’évaluation. (Il est évident que payer des enseignants planqués n’est pas réjouissant non plus, mais je crois surtout que la machine hyper lourde qu’est l’université bride la capacité de recherche de pas mal de chercheurs).
La propriété intellectuelle
Un des soucis majeurs de notre université demeure, pour moi, dans la gestion des droits de propriété intellectuelle des chercheurs et notamment des maître de conférences et autres professeurs des universités, tous fonctionnaires et déjà payés pour faire de la recherche. Je comprends que l’on ait besoin d’appâter des vocations (?) à l’aide d’un gain promis mais très souvent illusoire (surtout en sciences sociales) mais je crois que ce système créer beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Se retrouver au cœur d’un projet, accompagné de chercheurs confirmés qui se crêpent le chignon pour savoir qui est détendeur de la propriété de tel ou tel morceau de recherche m’a toujours paru terriblement stupide…
Outre le fait de générer des histoires de personnes à n’en plus finir, ce système ne rend pas crédible la démarche scientifique. Que des membres d’un même projet de recherche sollicitent indépendamment plus de trois fois la même personne pour lui faire passer plus ou moins le même entretien, relève de l’inorganisation la plus complète et n’aide certainement pas à changer l’image du chercheur qui plane un peu dans son labo et prend tout le monde de haut.
Pour une science Open Source ?
La communauté du logiciel libre et de l’Open Source offre ainsi un modèle intéressant de réforme de la recherche et de son administration, selon moi. Je ne vais pas m’étendre ici sur ce que sont le logiciel libre et l’Open Source, mais simplement évoquer ce qui me paraît prometteur, à première vue, dans la rencontre entre ces deux mondes.
Aujourd’hui que tous les outils nécessaires nous sont accessibles facilement, il me paraîtrait intéressant de développer le partage des sources d’une recherche et ce à plusieurs fins :
− Vérification bien évidemment, ce qui apporterait également l’avantage selon moi de questionner le caractère objectif des recherches. Personnellement, travaillant principalement sur du qualitatif, cela m’obligerait à assumer pleinement la portée non généralisable de mes recherches, à ne jamais rechercher une quelconque forme de quantification, et à toujours revendiquer le caractère subjectif de mon analyse. A mon avis (mais c’est un autre sujet) les recherches relevant de méthodes quantitatives seraient également face à ce même impératif de justification. A partir du moment où leurs analyses seront vérifiables, je pense que l’importance de la subjectivité de l’auteur sera davantage montrée et (je l’espère) assumée.
− Progression des connaissances : Pouvoir se servir d’une recherche déjà réalisée permettrait, sans grand mystère selon moi, d’aller au plus direct vers sa question propre et d’approfondir le questionnement.
− La place des chercheurs amateurs : Une question qui serait juste selon moi de poser : quelle place faisons nous dans la communauté scientifique aux chercheurs amateurs ? Faut-il réellement être titulaire d’un doctorat pour prétendre au statut de chercheur ? Si nous acceptons les consultants, pourquoi ne pas accepter les quidam qui n’ont selon moi pas beaucoup moins de légitimité à s’exprimer sur des sujets qui les concernent ?
− La fin des financements multiples de la recherche : D’un point de vue éthique, les chercheurs (fonctionnaires à l’université) qui multiplient les financements extérieurs (consulting, réponse à des appels d’offres, publications,…) m’ont toujours posé problème. En termes plus crus, j’aurais tendance à dire qu’un chercheur qui consacre une bonne partie de son temps à faire du consulting n’a pas à être payé par l’État…
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, notamment sur la gestion de la transdisciplinarité et des différentes cloisons trop rigides qui entourent la science et se pratique, mais ceci était une première approche… je pense qu’il y en aura d’autres.
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