Chroniques d’un congé parental #6

Voilà, les vacances sont finies ! L. a repris l’école ce matin et Y. la crèche.

À moi le repos, les journées tranquilles à surfer sur le web ou à bouquiner. Et oui, car les moments les plus remplis d’un congé parental sont bien les vacances. Gérer, seul, deux gamines de trois ans et demi et un an et demi, c’est pas de tout repos. Il faut s’organiser et faire une croix définitive sur vos projets. Vous pourrez vous y remettre à la rentrée. Adieu écriture, bêta-lecture, chat et autres plaisirs numériques, adieu conversations normales, au point même que des fois vous vous demandez si vous serez encore capable de parler à un adulte à la fin des quinze jours…

Mais, bon, sans vouloir noircir le tableau, c’est aussi un super moment où vous voyez vos enfants grandir, s’épanouir. Votre relation avec eux change, se rapproche en se nourrissant du quotidien. Voici quelques extraits :

Charmeuse

Y., ma seconde, est à l’âge où elle prend conscience de son effet sur les gens. Particulièrement souriante, il semblerait qu’elle ait opté pour une technique assez rentable, le charme (au point que la boulangère et l’épicière ne peuvent s’empêcher de nous offrir un petit quelque chose à chaque fois que je vais faire les achats avec elle).

Et pour charmer, elle s’y prend plutôt bien, regards en coin, petit sourire timide, techniques d’évitement en venant se cacher dans mon épaule lorsque sa proie est bien appâtée. Je dois lui reconnaître un réel talent. Non seulement sa petite bouille, sertie au milieu d’une jolie chevelure blonde, a des atouts naturels pour créer craquages et autres “hou qu’elle est mignonne!!”, mais, tandis qu’elle commence à regarder fixement, pour attraper un regard, sa cible se voit décocher un sourire rayonnant, yeux plissés et bouche large. La malheureuse proie ne peut que succomber. Combien de victime a-t-elle déjà manipulé ainsi ? Combien viendront encore ? Beaucoup, c’est sûr (quelques lecteurs de ces billets se reconnaîtront peut être).

Mais, le summum, c’est le charme avec la conjonctivite.

C’était un petit peu avant les vacances, je gardais Y. à la maison pour cause de purulence oculaire à haute contagiosité (strictement interdite en collectivité)  et nous allions chercher sa grande sœur, L., à l’école. Légèrement en avance, nous patientons, au milieu d’un troupeau de parents impatients et enfumés par leurs derniers instants de liberté. Imaginez la scène : Y., au moment le plus fort de sa conjonctivite, a les yeux cernés de rouges, brillants comme ceux visibles à la fin d’une soirée jamaïcaine, légèrement soulignés par des dégoulinures verdâtres typiques de ce type d’infection.

Et la voilà partie en pleine séance de charme, les yeux rieurs, et ho! surprise, tous les parents craquent.

Bien que j’en sois un, il me faut avouer qu’un parent n’est vraiment pas rationnel.

Llliiiiizzzz

Une des grandes nouveautés pour Y., ces vacances-ci, a été l’enrichissement important de son vocabulaire, sa maîtrise et la prise de conscience de son utilité.

Avant les vacances, elle savait déjà user de quelques bases, les incontournables du langage en quelque sorte : Papa, Maman, Pipi et Caca. Ce dernier, par exemple, semble caractéristique de ce moment du développement qui oblige, lors d’une ballade sur les trottoirs Lillois magnifiquement ornés d’une ribambelle de déjections canines, à s’arrêter à chaque monticule odorant, plus ou moins étalé selon le nombre de chanceux passé par là, en s’extasiant :

− Ho, Caca!! hohoho, Caca!! (il est difficile ici de retranscrire le ton hilare de ma fille, mais il semble, à l’écouter, que la merde de chien collée au trottoir représente pour elle l’incongruité suprême, ce petit moment où le monde est magnifié par un élément sortant de l’ordinaire, féérique).

Et le papa, contraint de répondre :

− Oui, Y., c’est du caca, c’est bien. (là, c’est plus facile à retranscrire : “dit-il d’un ton faussement enjoué cherchant à cacher la lassitude extrême qui le prend du fait d’avoir réussi à parcourir cinq malheureux petits mètres en un quart d’heure alors qu’il est attendu à l’autre bout de la ville dans cinq minutes!!”)

Bref, je m’égare (désolé, j’adore ça!!)

Je voulais donc parler de l’apprentissage du langage, et insister sur le mot qui paraît le plus important pour Y. depuis qu’elle l’a appris (à part caca, bien évidemment), c’est le prénom de sa sœur, prononcé comme suit (tant pis pour l’anonymat. de toute façon, faut le connaître pour comprendre ce que ça veut dire) :

− Lllllliiiiiiizzzzzz ! Hihihi (rires ultra-fiers)

Sans cesse, depuis, elle répète le nom de sa sœur, l’appelle dès qu’elles sont à plus de deux mètres l’une de l’autre, et montre chaque objet clairement identifié comme appartenant à son aînée, en énonçant, victorieuse, llllllliiiiiiiizzzzzzzzzz.

C’est trop mignon!!

C’est à ce moment que l’on prend pleinement conscience que le frère où la sœur aînée, pour un deuxième, représente un troisième référent, presque un troisième parent… Lorsque L. apparaît, le monde de Y. s’éclaire. Elle est son guide, son modèle, sa confidente et son clown.

Des fois sa tortionnaire aussi, mais Y. le lui rend bien. Faut être bon joueur !

Mon capitaine

En parlant de L., nous avons passé une journée Pirates dernièrement (ça change de Belle et Sébastien!!). Pour expliquer rapidement, elle s’est mise à m’appeler Capitaine toute la journée et j’en allais du Moussaillon à la moindre occasion (au risque de ne pas être écouté si j’avais le malheur de l’appeler par son prénom…).

Nous voilà donc partis à l’abordage du métro sur les flots urbains déchaînés, hissant la grande voile pour aller prendre le goûter chez des amis. Ce dernier s’éternisant quelques peu, nous levons l’ancre pour rentrer au port un peu tard (le soleil largement couché), ce qui présente l’avantage de permettre de se guider par rapport aux étoiles mais le gros désavantage de rendre invisible le moindre remous de trottoir, le plus petit tourbillon de bitume.

Nous voguions donc, toutes voiles dehors pour rejoindre le métro, lorsque ma L., en pleine accélération, s’empêtre dans ses propres rames, chaque pas la rapprochant un peu plus des flots sombres du macadam, pour aller s’étaler quelques mètres plus loin, sa folle course s’interrompant brutalement dans un hurlement incompréhensible.

Sa mère, toujours présente et attentionnée se précipite vers elle, les bras tendu (juste eut le temps de me refiler Y., ouf!) mais voilà que L. continue à hurler, refusant de se calmer, en me tendant les bras. J’arrive enfin à discerner ce qu’elle dit et ne peut refréner un léger rire attendri en entendant :

− Mon caaapiiiitainnnnne!!!!

Parfois je me demande si elle joue vraiment où si, à cet instant là, elle n’était pas réellement sur une bâtiment pirate sillonnant les mers…

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