Chroniques d’un congé parental #7

Le gendrillon

Un des points les plus génialissimes du congé parental, est la possibilité unique qu’il nous offre de regarder nos enfants grandir et de les accompagner dans leur évolution, d’y assister, en direct, dans ces petits recoins de leurs vies traditionnellement inaccessibles.

J’ai ainsi été convié par la maîtresse de L., la semaine dernière à accompagner la sortie au cirque. Plutôt content et n’ayant aucune raison valable de refuser, j’accepte tout de suite l’invitation et me prépare donc, un peu anxieux, à affronter une classe de 24 enfants de 3 à 4 ans au court du joyeux périple : bus de ville – marche – spectacle – marche – bus de ville, et ce d’autant plus que nous ne serons que 4 accompagnateurs : la maîtresse, l’ADSEM, et deux parents.

Bon, pour aller à l’essentiel, la sortie s’est très bien passée, le cirque était vraiment génial et les enfants vraiment mignons (j’ai eu la chance que la classe de L. soit des plus calmes). C’était vraiment marrant de voir les expressions de ces gamins lorsque le monsieur Loyal annonçait tel ou tel numéro. Par exemple, il y a eu comme une vague d’incrédulité au moment où les éléphants sont entrés, majestueux, énormes et terriblement odorants… Mais là n’est pas le sujet de ce billet comme le sous-titre l’indique.

Vous allez probablement me demander ce que peut être un gendrillon, et vous auriez raison.

Le gendrillon, c’est un symbole, un signe, l’indice indéniable que votre enfant grandit, l’élément fondateur, pour un père, d’une nouvelle étape dans sa relation à sa fille.

Le gendrillon, c’est le copain privilégié, l’amoureux du moment, celui qui fait des bisous à votre fille et qui offre à celle-ci une vie étrangère à sa vie familiale.

Bon, Ok, je dramatise un peu, mais une fois que je vous aurais raconté les faits, à travers mes yeux de père bien sûr (subjectivité que j’assume complètement), vous changerez peut être d’avis.

Pour commencer, mettez vous deux secondes à ma place. Votre fille L., trois ans et demi, vous fait subir, depuis quelques semaines, voire quelques mois, une phase de séduction assez intense, allant du “t’es beau papa avec ta barbe coupée” à des moments calins bisous un peu trop appuyés (si elle n’avait pas trois ans, vous l’auriez sûrement éconduits avec davantage de force). Bref, vous êtes donc encore dans cette optique de gestion de l’équivalent féminin de l’œdipe (dont j’oublie toujours le nom), jonglant entre amour paternel et gentils freinages des élans de votre enfant lorsque débarque, chevauchant fièrement son innocence de gamin, le gendrillon.

Tout a commencé la veille de la sortie au cirque, sur le chemin du retour de l’école lorsque L. nous annonce fièrement que P. est son nouvel amoureux. Rien de dramatique là-dedans, vu que c’est le deuxième garçon dont elle tombe amoureuse cette année, malgré sa préférence inébranlable pour sa meilleure copine S. (la distinction sexuelle à cet âge est encore des plus primaire). Et c’est d’autant moins grave que ce deuxième amoureux, P., présente plutôt pas mal, petite bouille ronde, sourire à croquer toujours collé sur sa pomme, et une crête perpétuellement accrochée au sommet de son crâne. Bref l’allure d’un (mini-)type sympa. Jusqu’ici tout va bien et avec A., nous nous contentons de ricaner bêtement devant les histoires d’amours de L. Enfin, une fois que celle-ci est couchée, hein!, faudrait pas la vexer non plus.

Dès notre arrivée à l’école, le vendredi après midi en question, le jour de la sortie au cirque, j’ai senti que j’allais prendre cher. P. m’accueille en  effet comme si je faisais parti de la famille et commence à me débiter un monologue ahurissant (oui, il parle … énormément) sur sa vie avec ma fille : ils se font beaucoup de bisous, de calins et se tiennent souvent la main.

Certes, c’est un peu anodin, c’est plus mignon qu’autre chose, mais c’est surtout le signe que ma fille vit une vie qui m’est inconnue, inaccessible : sa vie.

On a beau le savoir intellectuellement (“vos enfants ne sont pas vos enfants” comme dirait ma mère en citant le christ, je crois), le voir et l’entendre est une autre histoire. Cette boule de chair qui est arrivée un beau jour dans votre vie, moitié à votre image, complètement incapable de faire quoi que ce soit, prend son envol dans le monde et vous laisse derrière. Ce lien si fort que vous avez construit, qui aujourd’hui vous fait vivre en vous donnant la meilleure des raisons pour le faire, et bien ce lien, vous vous apercevez pour la première fois, presque physiquement, qu’il peut aussi être une chaîne pour votre enfant.

On ne comprend réellement la plupart des vérités qu’en les ayant vécu. J’avais déjà entendu mes parents et d’autres qui disaient que l’éducation était aussi d’amener les enfants à se séparer de nous. Quand on l’entend lorsque notre enfant n’est qu’un nourrisson, on dit “Oui”, on pense y croire. Jusqu’au jour où le gendrillon débarque; et là on le voit.

Je suis davantage le père de L. qu’elle n’est ma fille … et ce n’est que le début du long processus qui l’amènera à la crise d’adolescence, dernière étape vers l’âge adulte !!

En ce qui concerne la fin de l’histoire avec P., le retour du cirque a été plutôt déchirant pour lui. Tout les enfants étant fatigués, L. ne me lâchait pas la main et en avait un peu marre, je crois, des attentions gluesques de son nouvel idylle. Celui-ci est donc rentré en pleurant, le cœur déchiré par ma fille, qui s’en foutait et ne faisait que se plaindre qu’il lui hurlait dans les oreilles.

Apothéose aux toilettes de l’école (bien arrivés donc), où P. s’est planté à moins d’un mètre de L. faisant pipi, et celle-ci qui me déclare, innocente :

“− P., c’est plus mon amoureux. Il arrête pas de pleurer parce qu’il veut me tenir la main et moi je veux pas!!!”

Ha la logique des gamins … D’autant plus que le Lundi suivant ils étaient à nouveau amoureux et se bécottaient dans la classe (à trois ans !!!)… et s’étaient de nouveau séparés Mardi.

Aujourd’hui ? Ben je ne sais pas ! je verrais ce soir en allant la chercher à l’école!

1 commentaire pour l'instant

  1. willy on

    excellent ! :)
    le mien de petit cherche les L partout (sur le lait, les panneaux) pour dire ah ah comme L. (oui le nom de ta fille :)
    Il a meme decouvert recemment un groupe de zic quil affectionne juste pour le nom (enfin je crois)
    Sinon c Electre l’equivalent je crois.
    Et encore sinon jte maile pour confirmer damiaso (merci de ta veille !!!)
    bizzz


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