Archive pour la catégorie ‘Boulot’
Pour un réseau de pratique scientifique Libre ?
La pratique de la recherche à l’université en France m’a beaucoup déçu lorsque je suis arrivé en thèse. Certainement contaminé par le mythe du chercheur, je rêvais d’une pratique vraiment libre, de rencontrer des gens passionnés davantage par leur recherche que par l’apport financier ou réputationnel qu’ils pourraient en tirer… Quel désenchantement !
Lorsque je dis pratique “vraiment libre”, je cherche à exprimer l’idée selon laquelle c’est la recherche, ses besoins et les orientations qu’elle nécessite qui guident la démarche du chercheur. S’éloigner des dogmes et questionner perpétuellement sa pratique et ses postulats me paraît incontournable lorsque l’on veut réellement faire progresser la connaissance.
Or, l’université Française (ou en tout cas ce que j’en connais), au delà des questionnements sur les nouveaux modes d’évaluation et de classement, me semble régie en clochers (avec ses inévitables guerres) et reste extrêmement dogmatique tant dans ses théories que ses méthodes (et encore je ne parle pas de l’americanocentrisme qui veut que Bourdieu revient à la mode parce que quelques auteurs américains l’ont cité!! C’est risible).
Bref, comme dirait Feyerabend, la science aurait davantage besoin d’anarchisme méthodologique que de nouvelles méthodes ou de nouveaux modèles d’évaluation. (Il est évident que payer des enseignants planqués n’est pas réjouissant non plus, mais je crois surtout que la machine hyper lourde qu’est l’université bride la capacité de recherche de pas mal de chercheurs).
La propriété intellectuelle
Un des soucis majeurs de notre université demeure, pour moi, dans la gestion des droits de propriété intellectuelle des chercheurs et notamment des maître de conférences et autres professeurs des universités, tous fonctionnaires et déjà payés pour faire de la recherche. Je comprends que l’on ait besoin d’appâter des vocations (?) à l’aide d’un gain promis mais très souvent illusoire (surtout en sciences sociales) mais je crois que ce système créer beaucoup plus d’inconvénients que d’avantages. Se retrouver au cœur d’un projet, accompagné de chercheurs confirmés qui se crêpent le chignon pour savoir qui est détendeur de la propriété de tel ou tel morceau de recherche m’a toujours paru terriblement stupide…
Outre le fait de générer des histoires de personnes à n’en plus finir, ce système ne rend pas crédible la démarche scientifique. Que des membres d’un même projet de recherche sollicitent indépendamment plus de trois fois la même personne pour lui faire passer plus ou moins le même entretien, relève de l’inorganisation la plus complète et n’aide certainement pas à changer l’image du chercheur qui plane un peu dans son labo et prend tout le monde de haut.
Pour une science Open Source ?
La communauté du logiciel libre et de l’Open Source offre ainsi un modèle intéressant de réforme de la recherche et de son administration, selon moi. Je ne vais pas m’étendre ici sur ce que sont le logiciel libre et l’Open Source, mais simplement évoquer ce qui me paraît prometteur, à première vue, dans la rencontre entre ces deux mondes.
Aujourd’hui que tous les outils nécessaires nous sont accessibles facilement, il me paraîtrait intéressant de développer le partage des sources d’une recherche et ce à plusieurs fins :
− Vérification bien évidemment, ce qui apporterait également l’avantage selon moi de questionner le caractère objectif des recherches. Personnellement, travaillant principalement sur du qualitatif, cela m’obligerait à assumer pleinement la portée non généralisable de mes recherches, à ne jamais rechercher une quelconque forme de quantification, et à toujours revendiquer le caractère subjectif de mon analyse. A mon avis (mais c’est un autre sujet) les recherches relevant de méthodes quantitatives seraient également face à ce même impératif de justification. A partir du moment où leurs analyses seront vérifiables, je pense que l’importance de la subjectivité de l’auteur sera davantage montrée et (je l’espère) assumée.
− Progression des connaissances : Pouvoir se servir d’une recherche déjà réalisée permettrait, sans grand mystère selon moi, d’aller au plus direct vers sa question propre et d’approfondir le questionnement.
− La place des chercheurs amateurs : Une question qui serait juste selon moi de poser : quelle place faisons nous dans la communauté scientifique aux chercheurs amateurs ? Faut-il réellement être titulaire d’un doctorat pour prétendre au statut de chercheur ? Si nous acceptons les consultants, pourquoi ne pas accepter les quidam qui n’ont selon moi pas beaucoup moins de légitimité à s’exprimer sur des sujets qui les concernent ?
− La fin des financements multiples de la recherche : D’un point de vue éthique, les chercheurs (fonctionnaires à l’université) qui multiplient les financements extérieurs (consulting, réponse à des appels d’offres, publications,…) m’ont toujours posé problème. En termes plus crus, j’aurais tendance à dire qu’un chercheur qui consacre une bonne partie de son temps à faire du consulting n’a pas à être payé par l’État…
Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce sujet, notamment sur la gestion de la transdisciplinarité et des différentes cloisons trop rigides qui entourent la science et se pratique, mais ceci était une première approche… je pense qu’il y en aura d’autres.
Alternatives économiques − Hors série RSE
Une petite info : le nouveau numéro hors série d’Alternatives économiques vient de sortir.
Il a pour thème la Responsabilité Sociale des Entreprises Françaises et j’ai été interviewé pour la partie sur la Grande Distribution. Vous pourrez aussi y trouver des articles de beaucoup de membres du projet de recherche auquel je participe sur “le potentiel régulatoire de la RSE” (je ferais sûrement un article dessus un de ces jours).
Vous y trouverez particulièrement un article de Julienne Brabet, directrice du projet de recherche et directrice de ma thèse.
En 128 pages, ce hors-série poche passe au crible les pratiques des entreprises du CAC 40 en matière de responsabilité sociale : rapports sociaux et environnementaux, présence dans les paradis fiscaux, rémunération des dirigeants, place des femmes dans les instances de direction, publicité…
Il décrypte également les principaux enjeux sociaux et environnementaux des secteurs d’activité les plus importants : l’automobile et la voiture propre, les énergies renouvelables, la grande distribution et ses fournisseurs, les banques et leur politique de financement, le bâtiment et les économies d’énergie…
Avec les points de vue des meilleurs spécialistes. (la classe non ?
)
Pour une Association française d’économie politique, enfin!
Je me fais juste le relais de cette info que je trouve vraiment très intéressante et que j’attendais depuis longtemps. Espérons qu’une telle initiative porte ses fruits!
Pour une Association Française d'Économie Politique Lettre ouverte à tous les économistes insatisfaits de l'orientation académique et intellectuelle de leur discipline Cher(e)s collègues, Nous, économistes universitaires et professionnels, sommes de plus en plus nombreux à déplorer l'orientation académique et intellectuelle qu'a prise notre discipline depuis plusieurs années. Le constat est désormais préoccupant et signifie à plus ou moins brève échéance la fin du pluralisme dans la pensée économique et, par là même, l'absence de tout débat économique. Le constat est désormais accablant : ossification des canons de la scientificité autour de normes extérieures à toute interrogation proprement économique (promotion des publications dans les revues au détriment des ouvrages; disqualification des travaux en langue française; confrontations empiriques bornées aux seuls tests économétriques) ; abandon de tout débat théorique ou méthodologique dans un champ qui pouvait s'enorgueillir d'avoir connu de grandes controverses scientifiques ; danger d'annexion des autres sciences sociales par une science économique définie comme un ensemble de techniques « éprouvées » (théorie des jeux, économétrie) en lieu et place d'un dialogue véritable entre les disciplines ; incapacité de l'économie dominante à proposer une lecture du monde susceptible d'éclairer et de nourrir le débat démocratique. Cette réduction de la recherche à la seule technique, au détriment de toute réflexion critique, s'accompagne d'un appauvrissement des enseignements « officiels », qui nous conduits à nous cacher derrière d'autres disciplines, pour continuer, malgré tout, à attirer des étudiants dans les amphis de nos universités... Lire la suite »
La responsabilité et la conscience d’entreprise
En ce début du mois de Novembre sonne l’heure de ma reprise du travail. Après 3 mois de coupure bien remplis, je commence lentement à me retourner vers mes cahiers, bouquins et inquiétudes liés à ma thèse.
Du coup réapparaissent quelques questionnements comme celui dont je vais vous parler ici.
La responsabilité et la conscience d’entreprise
Comme vous le savez peut être, je travaille sur les questions de Responsabilité Sociale des Entreprises. Or toute démarche scientifique demande de bien définir les termes utilisés et leurs articulations. Sur un thème tel que celui-ci, c’est là tout l’enjeu des études actuelles en sciences de Gestion. Nous cherchons en effet à calquer un comportement humain (la responsabilité, je reviendrais un jour sur sa définition plus en détails) sur un groupement humain au statut incertain et à la définition inexistante : l’entreprise.
Pour être effective, la responsabilité nécessite l’usage de la réflexivité par l’individu, lui permettant ainsi d’analyser ses actes passés, d’en tirer des leçons et d’agir en conséquence. La réflexivité demande de réunir deux conditions sine qua none : la conscience d’Être et de ses frontières (quels sont les limites de mon Moi ?). C’est l’aspect le plus problématique lorsque l’on parle des entreprises aujourd’hui. Lire la suite »
Mes fonds de tiroirs… #2
Pour continuer à déballer mes fonds de tiroirs, on enchaîne sur mes travaux de début de thèse − début car je n’ai pas encore fini.
Donc comme je disais lors du dernier vidage de tiroirs, j’ai pas mal bifurqué au moment du passage à la thèse, ce qui provoqua pas mal de doutes, de questions et de moment de solitudes
Donc pour résumer : Changement de matière, de la sociologie aux sciences de gestion, changement de sujet, de l’implication des infirmières à la mise en place de démarches de Responsabilité Sociale des Entreprises dans le secteur de la grande distribution, changement d’université, de l’université Lille III − Campus stalinien de lettres où le vin blanc était à 50 centimes et où l’on fumait encore dans les couloirs − à l’école supérieur des affaires de l’université Paris XII − campus éco-gestion flambant neuf et impersonnel au possible. Sans compter l’arrivée de ma première fille… Lire la suite »
Mes fonds de tiroirs… #1
He bien, vu qu’il faut bien commencer par quelque chose, je me suis dit que j’allais vous mettre à dispo mes différents mémoires / articles que j’ai fait (et que je fais encore) pendant mes études. Bien sûr il y a à boire et à manger, mais, on ne sait jamais, ça peut toujours servir à quelqu’un − j’ai toujours trouvé complètement ridicule que nos merveilleux mémoires dégoulinant des sueurs froides de nos nuits blanches passées à boucler le travail pour la veille, pourrissent dans des grands placards métalliques au fond d’un secrétariat d’UFR miteux.
Alors, bon, dans l’ordre :
- Licence Sociologie mention développement social à l’université de Lille 3 en 2003 (je crois…) :
Une petite étude sur le jardin communautaire de Wazemmes à Lille. Châpeauté par l’asso des AJOnc (association des Amis des Jardins Ouverts et néanmoins clôturés), des groupes d’habitants-jardiniers fleurissent d’ex-friches urbaines prêtées par la Mairie. Petite plongée dans la vie d’un Jardin et ses paradoxes :
- Master 1 Sociologie mention développement social (Toujours à Lille 3 mais en 2005) :
Les titres un peu ronflants commencent avec ce mémoire (divisé en deux TER, travaux d’études et de recherches) puisque le TER empirique s’appelle “les centres d’appels, le téléopérateur et l’enrôlement de la subjectivité” et le TER théorique ” l’individu dans l’organisation libérale du travail : les stratégies de résistances face à l’enrôlement de la subjectivité”. Voilà un thème de recherche qui me tiendra longtemps et qui transparait encore dans mes recherches actuelles. À croire que je n’ai jamais compris qu’on pouvait collaborer au fait de se faire exploiter dans son travail! Lire la suite »
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